Sujet Concours IFSI Auvergne 2013 (copie corrigée)

Sujet IFSI Auvergne 2013

Précarité et droit au logement

[…] Nous l’avions presque oublié : le 15 mars, des milliers de personnes sont à nouveau expulsées « légalement » de leur logement sans que pour autant une solution leur soit proposée. […] De même, nous aurions presque oublié, si le froid de janvier n’avait pas causé la mort d’une dizaine de personnes en deux jours, que des milliers d’entre nous dorment dehors chaque nuit de l’année. Des dizaines de milliers de personnes et de familles subsistent dans des logements précaires, insalubres, ou dans des abris de fortune. […] « Selon les statistiques de l’Insee publiées en janvier 2001 il y aurait en France 133 000 personnes sans domicile fixe, 33 000 d’entre elles seraient sans abri ou hébergées en centres d’urgence, 66 000 sont hébergées dans des établissements sociaux, 34 000 vivent dans des logements temporaires. » […] Le droit au logement fait partie des six droits fondamentaux énumérés dans l’article premier de la loi de 1998 contre les exclusions : l’emploi ou des moyens convenables d’existence, le logement, la protection de la santé, l’égale justice, l’éducation, la formation et la culture, la protection de la famille et de l’enfance. […] Ceux qui subissent la grande pauvreté ont besoin de se libérer des mesures d’urgence et même de certains droits spécifiques qui, conçus pour leur venir en aide, finissent par les enfermer dans le provisoire. En effet, l’histoire enseigne que le provisoire appliqué aux populations très démunies devient vite la norme pour elles. Sans nous en rendre compte, nous sommes arrivés à élever les aides et mesures provisoires au rang de droits essentiels. C’est ainsi que l’on parle de droits à l’aide nutritionnelle, à l’hébergement, à l’urgence ! […] Ce ne serait pas dramatique s’ils étaient conçus comme des tremplins vers l’accès aux droits fondamentaux qui, seuls, permettent la liberté et l’autonomie. Or trop souvent, parce qu’ils deviennent nos objectifs prioritaires quasi uniques et qu’ils mobilisent ainsi toutes nos énergies, ou parce qu’ils sont jugés « suffisants pour les pauvres », ils font obstacle aux droits fondamentaux. […] L’hébergement d’urgence est nécessaire pour pouvoir répondre aux besoins, notamment avec l’afflux actuel des demandeurs d’asile. Pour autant, il ne peut devenir un but en soi car il ne répond pas à l’exigence du droit fondamental au logement. A l’instar d’autres droits et mesures liés à l’urgence, il risque de pallier les insuffisances de la société et des pouvoirs publics qui tendent à s’exonérer de leurs responsabilités essentielles sur le dos des associations. […] Ainsi, n’est-il pas scandaleux que […] les distributions de nourriture ne cessent de se professionnaliser et d’augmenter, sans que cela ne pose vraiment question ? L’engagement des bénévoles est loué, à juste titre, mais n’est-il pas aussi, d’une certaine manière, utilisé ? […] Même si l’on cherche à humaniser ces distributions et à former les bénévoles qui s’y engagent – ce qui constitue un progrès et qu’il faut encourager – n’oublions pas que nous restons dans le domaine du palliatif, dans la réponse en urgence à une situation anormale.
L. Duquesne, extrait d’un article paru dans le journal Libération du 3 avril 2003Lorsque le Samu social est créé en 1993 […] la mairie de Paris met à disposition des moyens conséquents pour que le nouveau service puisse se déployer. Mais le travail qui s’engage s’appuie sur un paradoxe ; comment aider des gens qui semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir s’en sortir ? Depuis la disparition en 1993, dans le nouveau Code pénal, du délit de vagabondage, il est tout à fait possible de vivre dans la rue, sans enfreindre la loi sociale, sans se voir proposer d’aide ni d’avoir à en demander. Mais si d’un côté, il y a le droit à chacun de vivre sa vie comme il l’entend, de l’autre existe l’obligation morale (et juridique) de porter assistance à une personne qui met sa vie en danger. […] Il n’en va pas autrement pour les personnes qui prennent le risque de mourir de froid plutôt que rassurer notre conscience en rejoignant chaque soir un lieu d’accueil.
« Il est un parallèle subtil entre le geste du passant, pour un instant ému, qui décharge son malaise par une aumône ponctuelle et qui par là même retrouve la liberté psychique de poursuivre, apaisé, son chemin et des pratiques d’aide qui ne s’attachent qu’à remédier au visible de la souffrance » affirme Patrick Declerck, auteur d’un ouvrage de référence sur cette question. Le choix d’une intervention qui privilégie l’instant présent au détriment d’une projection dans le temps ainsi que d’un assistanat qui nie l’autonomie de l’usager prolonge « la stigmatisation des sans-abri » bien plus qu’elle n’aide à les faire vraiment évoluer.
J. Tremintin, Lien social, n°711 du 3 juin 2004
Question 1 (6 points) – Exposez, de manière rédigée et structurée, les différentes idées du texte.
Question 2 (5 points) – « Mais le travail qui s’engage s’appuie sur un paradoxe : comment aider des gens qui semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir s’en sortir ? » Que vous suggère cette phrase ? Commentez votre propos.
Question 3 (5 points) – « La stigmatisation des sans-abri » : que vous évoque cette expression abstraite du texte ?
[Orthographe – grammaire, syntaxe – présentation – respect des consignes (4 points)]

 Copie corrigée (copie d’une étudiante corrigée par un professeur)

Question 1 :
Le texte de J. Tremintin paru dans le Lien social en juin 2004 parle de la précarité et du droit au logement en France.
Des milliers de personnes sont expulsées le 15 mars légalement sans solution ni aide. On oublie qu’il y a des milliers de sans domicile fixe si on n’entend pas qu’ils sont morts via les médias. On compte environ 133 000 sans domicile fixe en France. Le droit au logement fait partie des six droits fondamentaux. On ne permet pas au sans domicile fixe d’avoirs accès aux six droits puisqu’on leurs propose des solutions provisoires. Ils ne peuvent donc pas avoir une situation stable et être libres et autonomes. L’hébergement d’urgence est important mais nuit au droit du logement car il se fait à cours terme. Les pouvoirs publics se libèrent et laissent les associations lutter pour les droits des sans domicile fixe. Le retrait du délit de vagabondage dans la rue sans être hors la loi et sans demander d’aide est donc totalement paradoxal.

3,5/6 pour cette partie dans ma copie j’ai mis SDF il ne fallait pas mettre d’abréviations, il manque un extrait dans la présentation du texte, la partie sur les droits fondamentaux est incomplète.

Question 2 :
La phrase “Mais le travail s’engage s’appuie sur un paradoxe: comment aider des gens qui semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir s’en sortir?” nous suggère qu’on aide les gens pour avoir bonne conscience mais qu’au final le problème n’est pas résolu. La majorité des sans domicile fixe qui seront logés temporairement ou en urgence se retrouveront dans la rue quelques temps après.
Pour les aider il faudrait oublier la notion de provisoire et les aider à long terme en leurs permettant de reconstruire leur vie (travail,logement,lien sociaux…). Actuellement les aides proposées ne permettent pas de régler le problème. Certains sans domicile fixe ne veulent pas et préfèrent vivre dans la précarité et dans la rue. Ils ne veulent pas être assistés et cela fait partie de leur mode de vie. On ne peut pas les obliger à se faire aider.
Le travail fait par les associations est une très bonne initiative mais il faudrait revoir les démarches d’aide vis à vis des sans domicile fixe pour une meilleure résolution du problème. Les pouvoirs publics devraient plus s’investir.

4,5/5 Il manque le recours à d’autres exemples, donnez des exemples en ce qui concerne les associations.

Question 3 :

“La stigmatisation des sans-abris” m’évoque le fait qu’on montre les sans domicile fixe de manière péjorative comme des personnes assistées qui ne sont pas autonomes. On les voit comme des personnes sans cesse dans le besoin. On a tendance à oublier que n’importe qui peut se retrouver dans la rue. L’enchaînement d’événements indésirables comme la perte d’emploi, un divorce, la rupture des liens familiaux, la maladie, le handicap… font qu’on se retrouve très vite dans le besoin. Beaucoup de sans domicile fixe n’ont pas eu la vie facile et n’ont pas choisit cette situation. Ils sont montrés comme des gens qui ne veulent pas et qui ne pourront jamais sans sortir. On les juge sans s’intéresser à leur histoire et sans se demander pourquoi et comment ils en sont arrivés la.
Certains sans domicile fixe ont fait le choix de vivre dans la rue et sont montrés comme des anarchistes puisqu’ils ne veulent pas se mêler à la société et veulent se sentir “libres”.
Même s’il existe des aides pour les sans abris, la société a du mal à les accepter sans les montrer de façon négative.

5/5 Pas de remarque.

2 points sur 4 pour l’Orthographe – grammaire, syntaxe – présentation – respect des consignes

Note: 15/20

CORRECTION RAPIDE


Question 1

Notre texte est composé de deux articles de journaux : le premier est issu de Libération et a été écrit par L. Duquesne, le 3 avril 2003 ; le second est issu du n°711 de Lien social, et a été rédigé par J. Tremintin le 3 juin 2004. Ces deux articles traitent d’un même thème et sont regroupés sous le titre : « précarité et droit au logement ».
Le texte dresse un constat alarmant : il y aurait en France, d’après l’Insee, 133 000 sans domicile fixe en janvier 2001. Or le froid fait tous les ans de nouvelles victimes. Des solutions ont été appliquées pour contrer ce phénomène : par exemple la trêve hivernale, qui interdit toutes les expulsions de logement jusqu’au 15 mars, et le Samu social, chargé de venir en aide aux sans abri. La loi de 1998 contre les exclusions va jusqu’à instituer le droit au logement comme un droit fondamental.
Mais des problèmes se posent. D’une part, le délit de vagabondage a été aboli en 1993 : il est donc permis à chacun de vivre dans la rue ; or on a toujours l’obligation juridique de porter assistance aux personnes en danger. C’est alors un paradoxe : il paraît difficile, voire impossible, d’aider des gens qui ne souhaitent pas l’être. D’autre part, on constate sur le terrain que les mesures mises en place par l’Etat ou les associations deviennent souvent une norme pour les personnes démunies, ce qui les condamne à l’assistanat. Ces aides, seulement provisoires, ne leur permettent pas d’avoir une situation stable et les empêchent d’accéder à l’autonomie.
Question 2
Le texte énonce donc, entre autres, un paradoxe : « comment aider des gens qui semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir s’en sortir ? » Cette phrase sous-entend qu’il est difficile, voire impossible, d’aider certaines personnes. L’auteur en distingue deux types : ceux qui ne pourraient pas et ceux qui ne voudraient pas s’en sortir.
Des gens qui semblent ne pas pouvoir s’en sortir ? Il est facile de voir à quoi l’auteur fait allusion…
Des gens qui ne veulent pas s’en sortir ? Cela paraît plus compliqué. A mon avis, selon moi, je pense que…
Question 3
« La stigmatisation des sans-abri » : cette phrase abstraite du texte m’évoque l’ensemble des a priori infondés que notre société nourrit envers les personnes sans domicile fixe. Stigmatiser un groupe d’individus, c’est les mettre à l’écart en raison de préjugés négatifs. En ce qui concerne les sans-abri, nos préjugés sont nombreux : …
Ce terme évoque un cercle vicieux : plus on stigmatise les sans-abri, plus on les rend effectivement marginaux.
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